TD5 : Exercices complémentaires

Exercice 1 : Loi binomiale négative — Contrôle qualité

Une usine fabrique des composants électroniques. Un protocole de contrôle qualité consiste à tester les pièces une par une, séquentiellement, jusqu’à trouver un nombre fixé \(r\) de pièces défectueuses. On note \(X\) le nombre total de pièces testées au moment où la \(r\)-ème pièce défectueuse est trouvée.

On rappelle que \(X\) suit une loi binomiale négative \(\mathrm{NegBin}(r, p)\), où \(p\) est la probabilité qu’une pièce soit défectueuse. Sa loi est : \[ P(X = n) = \binom{n-1}{r-1} p^r (1-p)^{n-r}, \quad n = r,\, r+1,\, r+2, \dots \]

  1. Montrer que \(\mathbb{E}[X] = \frac{r}{p}\) et \(\mathbb{V}(X) = \frac{r(1-p)}{p^2}\).

    Indication : écrire \(X = Y_1 + \cdots + Y_r\) où les \(Y_i\) sont i.i.d. de loi géométrique \(\mathcal G(p)\).

  2. Montrer que la famille \(\{\mathrm{NegBin}(r, p) : p \in (0,1)\}\) (avec \(r\) fixé) est une famille exponentielle en identifiant les fonctions \(a(n)\), \(b(p)\), \(c(p)\) et \(d(n)\) telles que : \[ P(X = n) = a(n)\, b(p)\, \exp\!\bigl(c(p)\, d(n)\bigr). \]

  3. Le fabricant garantit un taux de défaut d’au plus \(p_0\). On veut tester : \[ H_0 : p \leq p_0 \quad \text{contre} \quad H_1 : p > p_0. \] En utilisant le théorème de Karlin–Rubin (théorème 5 du cours), montrer que le test UMP au niveau \(\alpha\) rejette \(H_0\) pour les petites valeurs de \(X\).

    Interpréter : pourquoi observe-t-on peu de pièces testées quand le taux de défaut est élevé ?

  4. Dualité binomiale négative–binomiale. Montrer que pour tout \(n \geq r\) : \[ P_{p}(X \leq n) = P(Y \geq r) \quad \text{où} \quad Y \sim \mathrm{Bin}(n, p). \] Indication : interpréter les deux événements. \(\{X \leq n\}\) signifie « au moins \(r\) défauts parmi les \(n\) premières pièces ». Comparer avec \(\{Y \geq r\}\).

  5. Application numérique. L’inspecteur fixe \(r = 19\) et le fabricant garantit \(p_0 = 0{,}10\). Après avoir testé \(n = 100\) pièces, l’inspecteur a trouvé ses \(19\) pièces défectueuses.

    1. En utilisant la question 4, exprimer la p-valeur en termes d’une loi binomiale.

    2. Calculer la p-valeur approchée en utilisant le TCL appliqué à \(Y \sim \mathrm{Bin}(100,\, 0{,}10)\).

      On rappelle que \(\Phi(3) \approx 0{,}9987\).

    3. Conclure au niveau de signification \(\alpha = 0{,}01\).

  6. Bonus : lien avec la loi Gamma. On rappelle que \(\mathcal G(p) = p \cdot \mathrm{NegBin}(1, p)\) (en loi, à un facteur \(p\) près). Montrer que si \(X_1 \sim \mathcal G(p)\), alors quand \(p \to 0\) : \[ p\, X_1 \xrightarrow{d} \mathcal E(1). \] En déduire que \(p \cdot \mathrm{NegBin}(r, p) \xrightarrow{d} \Gamma(r, 1)\) quand \(p \to 0\).

    C’est l’analogue discret-continu : la géométrique est la version discrète de l’exponentielle, et la binomiale négative est la version discrète de la Gamma.

Exercice 2 : Analyse statistique de rendements de cryptomonnaie

Le Bitcoin (BTC) est une cryptomonnaie dont le prix est coté en continu. On note \(P_t\) le prix de clôture à l’heure \(t\). Le rendement (ou return) horaire est défini par : \[ R_t = \frac{P_t - P_{t-1}}{P_{t-1}}, \] c’est-à-dire la variation relative du prix entre deux heures consécutives, exprimée en pourcentage. Par exemple, si le prix passe de \(100\) à \(102\), le rendement est \(R = 2\%\).

Un analyste quantitatif dispose de rendements horaires du Bitcoin sur deux périodes distinctes :

  • Période haussière (bull run, janvier–mars 2024) : \(n_1 = 1776\) rendements horaires,
  • Période baissière (bear market, mai–août 2022) : \(n_2 = 2208\) rendements horaires.

Les statistiques descriptives (en pourcentage) sont résumées ci-dessous :

Période haussière Période baissière
Taille \(n\) \(1776\) \(2208\)
Moyenne empirique \(\overline R\) (en %) \(0{,}031\) \(-0{,}018\)
Écart-type empirique \(\hat\sigma\) (en %) \(0{,}566\) \(0{,}877\)

L’analyste dispose également des rendements horaires de l’Ethereum (ETH) sur les mêmes périodes, et a calculé les statistiques suivantes.

Corrélations de Pearson :

On note \(S_t = R_t^{\text{BTC}} - R_t^{\text{ETH}}\) le spread entre les rendements du Bitcoin et de l’Ethereum.

Paire de variables Période \(r\) \(n\)
\((R_t^{\text{BTC}},\, R_{t+1}^{\text{BTC}})\) — autocorrélation BTC Bull \(0{,}008\) \(1775\)
\((R_t^{\text{BTC}},\, R_{t+1}^{\text{BTC}})\) — autocorrélation BTC Bear \(0{,}007\) \(2207\)
\((R_t^{\text{BTC}},\, R_t^{\text{ETH}})\) — corrélation BTC/ETH Bull \(0{,}76\) \(1776\)
\((R_t^{\text{BTC}},\, R_t^{\text{ETH}})\) — corrélation BTC/ETH Bear \(0{,}91\) \(2208\)
\((S_t,\, S_{t+1})\) — autocorrélation du spread Bull \(-0{,}062\) \(1775\)
\((S_t,\, S_{t+1})\) — autocorrélation du spread Bear \(-0{,}029\) \(2207\)

Tests de normalité :

  • Test du \(\chi^2\) d’adéquation à \(\mathcal N(\hat\mu, \hat\sigma^2)\) avec \(m = 5\) (soit \(12\) intervalles) :
Série Période \(\chi^2\)
\(R^{\text{BTC}}\) Bull \(622{,}8\)
\(R^{\text{BTC}}\) Bear \(524{,}7\)
\(S = R^{\text{BTC}} - R^{\text{ETH}}\) Bull \(385{,}1\)
\(S = R^{\text{BTC}} - R^{\text{ETH}}\) Bear \(498{,}1\)

On suppose que les rendements sont des réalisations de variables aléatoires gaussiennes i.i.d. au sein de chaque période, et que les deux échantillons sont indépendants.

Pour chaque question, on définira précisément \(H_0\) et \(H_1\) avec des notations mathématiques, on choisira le test adapté, on calculera la statistique de test et la p-valeur, et on conclura au niveau \(\alpha = 0{,}05\).

  1. Le rendement moyen du BTC est-il significativement différent de \(0\) en période bull ? En période bear ?

  2. Le BTC a perdu environ \(40\%\) de sa valeur sur la période bear (\(38\,000 \to 23\,000\) USD). Comment expliquer que le test de la question 1 ne rejette pas \(H_0\) en période bear ?

  3. Le rendement d’une heure du BTC permet-il de prédire le rendement de l’heure suivante ? Répondre pour les deux périodes.

  4. Les rendements du Bitcoin et de l’Ethereum évoluent-ils ensemble ? Répondre pour les deux périodes. Comment la corrélation évolue-t-elle entre bull et bear ? Interpréter.

  5. Le spread \(S_t\) est-il autocorrélé ? Répondre pour les deux périodes. Interpréter la différence avec la question 3.

  6. Les rendements du BTC suivent-ils une loi gaussienne ? Justifier le nombre de degrés de liberté et conclure. Même question pour le spread \(S_t\). Ce résultat est-il surprenant pour des données financières ?

  7. La volatilité du BTC est-elle la même dans les deux régimes de marché ?

  8. Le rendement moyen du BTC diffère-t-il entre les deux périodes ? Justifier le choix du test.

  9. L’analyste discrétise les rendements en quatre catégories et obtient le tableau de contingence suivant :

    \(R < -1\%\) \(-1\% \leq R < 0\%\) \(0\% \leq R < 1\%\) \(R \geq 1\%\) Total
    Bull \(53\) \(803\) \(848\) \(72\) \(1776\)
    Bear \(188\) \(951\) \(908\) \(161\) \(2208\)
    Total \(241\) \(1754\) \(1756\) \(233\) \(3984\)

    La distribution des rendements est-elle la même dans les deux régimes ?

  10. Comparer les conclusions des questions 7, 8 et 9. Que peut-on dire globalement sur la différence de comportement du Bitcoin entre les périodes haussière et baissière ?

  11. Test binomial. On compte le nombre de rendements horaires strictement positifs :

    Période Rendements positifs \(n\)
    Bull \(920\) \(1776\)
    Bear \(1069\) \(2208\)
    1. La proportion de rendements positifs est-elle significativement différente de \(50\%\) en période bull ? En période bear ?

    2. Comparer avec la conclusion de la question 1 (test de Student). Comment expliquer que le test binomial ne rejette pas alors que le test de Student rejette en période bull ?

  12. Test de Wilcoxon. Les rendements du BTC et de l’ETH sont observés aux mêmes instants. On considère les différences \(D_t = R_t^{\text{BTC}} - R_t^{\text{ETH}}\) et on observe :

    Période Médiane de \(D_t\) (en %) \(n\)
    Bull \(0{,}017\) \(1776\)
    Bear \(0{,}007\) \(2208\)
    1. Effectuer un test des rangs signés de Wilcoxon sur les données appariées \((R_t^{\text{BTC}}, R_t^{\text{ETH}})\) en période bull et en période bear.

    2. On a vu à la question 4 que BTC et ETH sont très corrélés. Le test de Wilcoxon montre-t-il que leurs distributions sont différentes ? Interpréter.

  13. On a vu à la question 3 que les rendements \(R_t\) et \(R_{t+1}\) ne sont pas corrélés. On calcule maintenant les corrélations de Pearson sur les carrés des rendements :

    Paire de variables Période \(r\) \(n\)
    \((R_t^2,\, R_{t+1}^2)\) Bull \(0{,}321\) \(1775\)
    \((R_t^2,\, R_{t+1}^2)\) Bear \(0{,}292\) \(2207\)
    1. Tester si \(R_t^2\) et \(R_{t+1}^2\) sont corrélés, en période bull et en période bear.

    2. Comment interpréter ce résultat ? Que signifie-t-il sur la volatilité du Bitcoin ?

    3. Les rendements \(R_t\) et \(R_{t+1}\) sont-ils indépendants ? Justifier.

  14. Haute fréquence. On dispose maintenant de \(n = 14\,400\) rendements à la minute du BTC et de l’ETH sur \(10\) jours. On calcule l’autocorrélation du spread \(S_t = R_t^{\text{BTC}} - R_t^{\text{ETH}}\) à différents décalages (lags) :

    Lag \(1\) min Lag \(2\) min Lag \(5\) min Lag \(30\) min
    Spread \(S_t\) \(-0{,}026\) \(-0{,}027\) \(-0{,}003\) \(-0{,}000\)
    BTC \(R_t\) \(-0{,}007\) \(-0{,}019\) \(-0{,}006\) \(+0{,}029\)

    (\(n \approx 14\,400\) pour chaque test.)

    1. Tester si le spread est autocorrélé au lag \(1\) min et au lag \(5\) min.

    2. Même question pour le BTC seul au lag \(1\) min et au lag \(2\) min.

    3. Le signe de la corrélation du spread aux lags \(1\) et \(2\) min est négatif. Qu’est-ce que cela signifie pour le comportement du spread à court terme ?

    4. Comparer l’autocorrélation du spread et du BTC seul au lag \(1\) min. Comment expliquer que le spread ait une autocorrélation plus forte ?

Exercice 3 : Test multivarié — vitesse de détection en grande dimension

On observe un vecteur gaussien \(X = (X_1, \ldots, X_p) \in \mathbb{R}^p\) dont les coordonnées sont indépendantes, \(X_j \sim \mathcal{N}(\theta_j, 1)\). Le paramètre inconnu est \(\theta = (\theta_1, \ldots, \theta_p) \in \mathbb{R}^p\).

On veut tester l’hypothèse “rien ne se passe” contre l’hypothèse “au moins une coordonnée porte un signal au moins \(\rho\)” : \[ H_0 : \theta = 0 \qquad \text{contre} \qquad H_1(\rho) : \|\theta\|_\infty \geq \rho, \]\(\|\theta\|_\infty = \max_{1 \leq j \leq p} |\theta_j|\) et \(\rho > 0\).

L’objectif est de comprendre comment la dimension \(p\) affecte la séparation minimale \(\rho\) détectable. On considère le test “naturel” basé sur la norme infinie de l’observation : \[ T(X) = \mathbf{1}\bigl\{\|X\|_\infty > t\bigr\}, \qquad \|X\|_\infty = \max_{1 \leq j \leq p} |X_j|, \]\(t > 0\) est un seuil à choisir. Le risque s’écrit \[ R(T, \rho) = \mathbb{P}_0\bigl(\|X\|_\infty > t\bigr) + \sup_{\|\theta\|_\infty \geq \rho} \mathbb{P}_\theta\bigl(\|X\|_\infty \leq t\bigr). \]

  1. Erreur de 1ère espèce. En utilisant l’union bound et la majoration de la queue gaussienne \(1 - \Phi(t) \leq e^{-t^2/2}\) pour \(t > 0\), montrer que : \[ \mathbb{P}_0\bigl(\|X\|_\infty > t\bigr) \leq 2p\, e^{-t^2/2}. \]

  2. Erreur de 2nde espèce. Soit \(\theta \in \mathbb{R}^p\) avec \(\|\theta\|_\infty \geq \rho\). Montrer que pour tout \(t \in (0, \rho)\) : \[ \mathbb{P}_\theta\bigl(\|X\|_\infty \leq t\bigr) \leq e^{-(\rho - t)^2/2}. \]

    Indication : choisir \(j^*\) tel que \(|\theta_{j^*}| \geq \rho\) et majorer \(\mathbb{P}_\theta(\|X\|_\infty \leq t)\) par \(\mathbb{P}_\theta(|X_{j^*}| \leq t)\).

  3. Choix du seuil et borne supérieure minimax. Soit \(\beta \in (0, 1)\). Choisissant \(t = \sqrt{2 \log(4p/\beta)}\), montrer que pour tout \(\rho \geq 2t\) : \[ R(T, \rho) \leq \beta. \]

    En déduire que le risque minimax vérifie \(R^*(\rho) \leq \beta\) dès que \[ \rho \;\geq\; 2\sqrt{2 \log(4p/\beta)}. \] En d’autres termes, la vitesse de séparation minimax satisfait \[ \rho^*_{\min}(p) \;\lesssim\; \sqrt{\log p}. \]

  4. Comparaison. Pour \(p = 1\), on a vu en cours que \(\rho^*_{\min} \asymp 1\). Quel est le coût (en \(\rho\)) de tester en dimension \(p\) par rapport à la dimension \(1\) ? Le résultat est-il surprenant compte tenu de la correction de Bonferroni ?

  5. Bonus : borne inférieure. On veut montrer que le test de la question 3 est essentiellement optimal : \[ \rho^*_{\min}(p) \;\gtrsim\; \sqrt{\log p}. \]

    On utilise une borne inférieure bayésienne. Soit \(\pi\) la loi uniforme sur les \(2p\) vecteurs \(\{\pm \rho\, e_j : j = 1, \ldots, p\}\), où \(e_j\) désigne le \(j\)-ème vecteur de la base canonique de \(\mathbb{R}^p\). Notons \(f_0\) la densité de \(\mathcal{N}(0, I_p)\) et \[ f_\pi(x) = \frac{1}{2p} \sum_{j=1}^p \bigl(f_{\rho e_j}(x) + f_{-\rho e_j}(x)\bigr) \] la densité du mélange.

    1. Montrer que pour tout test \(T\) : \[ R(T, \rho) \geq \int T\, f_0\, dx + \int (1-T)\, f_\pi\, dx \geq \int \min(f_0, f_\pi)\, dx. \]

    2. Montrer que \[ \frac{f_{\theta}(x)}{f_0(x)} = \exp\!\Bigl(\theta^\top x - \tfrac{1}{2}\|\theta\|^2\Bigr) \quad \text{et} \quad \mathbb{E}_0\!\bigl[e^{\rho X_j}\bigr] = e^{\rho^2/2}. \] En déduire que \[ \chi^2(f_\pi, f_0) := \int \frac{f_\pi^2}{f_0}\, dx - 1 = \frac{\cosh(\rho^2) - 1}{p}. \]

    3. En déduire que pour \(\rho^2 = c \log p\) avec \(c < 1\), on a \(\chi^2(f_\pi, f_0) \to 0\) quand \(p \to \infty\).

    4. En utilisant l’inégalité (admise) \[ \int \min(f_0, f_\pi)\, dx \;\geq\; 1 - \tfrac{1}{2}\sqrt{\chi^2(f_\pi, f_0)}, \] conclure que \(\rho^*_{\min}(p) \gtrsim \sqrt{\log p}\).

    Conclusion : pour le test en norme infinie en dimension \(p\), la vitesse minimax exacte est \(\rho^*_{\min}(p) \asymp \sqrt{\log p}\). La dimension n’entre que logarithmiquement dans le seuil de détection — c’est une nouvelle illustration du phénomène déjà rencontré avec la correction de Bonferroni.